Comme elle le confiait récemment au micro de Richard Gaitet, l’écriture, pour Nathacha Appanah, a bien des points communs avec la course à pied. Elle exige de l’endurance, du souffle, une précision de chaque instant : « maintenir le feu dans les jambes » tout en gardant « la précision de l’esprit ».
Depuis plus de vingt ans, ce marathon intérieur fait travailler sa langue à l’endroit exact où le politique et l’intime se rencontrent, dans un entre-deux où il ne s’agit ni de désamorcer la violence par le style, ni de simplifier le monde en le réduisant à l’univoque d’un récit, au souffle d’une seule voix. Dans son dernier livre, elle recourt à plusieurs reprises à la métaphore de la spirale pour évoquer l’écriture : un mouvement qui tourne sans cesse et sans jamais laisser atteindre son centre. Chez Nathacha Appanah, la fiction n’énonce pas de vérités définitives. Elle trame. Elle tisse. Elle déplace. Elle déploit.
C’est pour cette raison que nous lui avons confié cette année la feuille de route de notre « bibliotourbus ». Les trois rencontres qui constitueront ce parcours de lecture à travers son œuvre invitent à entrer dans cette dynamique : une littérature en mouvement, à la fois centripète et centrifuge, exigeante et sensible, où la quête n’est pas celle d’une vérité entière, mais d’une justesse fragile, conquise phrase après phrase, au plus près de la vie.
-
Descendante d’Indiens venus sur l’île Maurice pour travailler dans les champs de cannes à sucre, mais élevée par des parents appartenant à la classe moyenne, Nathacha Appanah va d’abord travailler comme journaliste. Elle a vingt-cinq ans en 1998 lorsqu’elle s’installe en France et s’attelle à l’écriture de son premier roman. Ce sera Les Rochers de Poudre d’Or. Avec cette fiction publiée en 2003, une voix s’impose. Quitter l’île Maurice et choisir la langue française n’aura pas empêché qu’une fidélité s’exprime ; les questions de l’origine (familiale, sociale), des langues parlées (le telugu et le créole), et de l’histoire de l’île enfin, tragique, reviennent de livre en livre. Celle de l’emprise aussi, dans un roman comme En attendant demain et dans La nuit au cœur, qui a reçu tant de prix littéraires au cours de l’automne dernier.
-
Lucie-Anne Belgy vit à Paris. Il pleut sur la parade (Grasset, 2025) est son premier roman.
-
Conseiller littéraire du festival, Arno Bertina est l’auteur de plusieurs livres de fictions et de récits documentaires parus aux éditions Actes Sud et Verticales depuis 2001. Son roman Des châteaux qui brûlent (Verticales, 2017) a été adapté à la scène en 2023 par Anne-Laure Liégeois. Des obus, des fesses et des prothèses, paru chez Verticales en 2025 est son neuvième roman. Membre fondateur de la revue Inculte, invité d’honneur des « Rencontres de Chaminadour » en 2017, il est aussi le premier écrivain titulaire de la chaire artistique de l’EHESS en 2024.