Hazara Blues n’est pas un conte fantastique mais bien le récit autobiographique de Reza Sahibdad. De son enfance à l’âge adulte, ce témoignage raconte les mille et une vies de Reza à travers son parcours migratoire fait d’exils forcés et d’épreuves douloureuses, depuis l'Afghanistan en passant par l’Iran jusqu’à son arrivée en France à Paris. Né en 1980 à Mashhad en Iran, il est afghan mais appartient à l’ethnie Hazara, minorité persécutée par les talibans en Afghanistan, et considérée comme des sous-êtres humains au pays des Mollahs.
« Les histoires, parfois, c’est une question de vie ou de mort » : en ouvrant le récit sur ces mots, l’auteur doit en raconter une particulièrement convaincante à l'agente de l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) en charge de lui délivrer – ou pas – le statut de réfugié politique. Car comment expliquer aux services d'immigration français que la survie, mais aussi la liberté, c’est de fuir ?
Empruntant aux codes des contes des Mille et une nuits et inspirée des miniatures traditionnelles persanes, cette bande dessinée est sublimée par les planches en couleurs de Yann Damezin, illustrateur et compagnon de route complice de Reza Sahibdad. On y retrouve les influences de ses contemporains Nicolas Presl, Marjane Satrapi ou encore Zeina Abirached, où le dessin devient un outil d’analyse et de transmission, donnant forme visuelle à ce qui échappe au langage.
Une odyssée graphique sensible et politique, d’où s’échappe malgré tout, de la lumière.