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Rencontre avec Valérie Manteau
La médiocrité du mal
illu-programme-2026
Illustration : Elene Usdin

Par son refus du huis clos et sa volonté de rendre visible ce qui est habituellement relégué au silence, Gisèle Pélicot a transformé le procès des viols de Mazan en événement politique. Valérie Manteau l’a suivi jour après jour, et a su saisir ce geste de mise en visibilité avec une justesse rare. Le livre qu’elle en tire est à la fois rigoureux et bouleversant, passionnant par la manière dont il interroge ce que les faits, les paroles et la mécanique judiciaire disent de notre société et de nous-mêmes.

Car Entre chiens et loups est aussi, et peut-être surtout, un livre de l’intime. Valérie Manteau écrit depuis sa place de femme hétérosexuelle féministe, et “l’affaire Mazan” agit pour elle comme un miroir brutal. En écoutant Gisèle parler de son mari, et sa fille de son père, de l’image qu’elles avaient de lui avant l’effondrement, l’autrice reconnaît des paroles qu’elle aurait pu tenir sur son propre entourage masculin. Elle ne décrit pas seulement un procès : elle raconte ce que cela fait, à une femme, d’y assister, ce que cela ébranle dans les certitudes, les attachements, l’idée même de l’amour et de la confiance.

Traversé d’éclats d’humour, d’intelligence vive et d’une énergie critique qui refuse la sidération, Entre chiens et loups ouvre un espace où penser devient une forme d’action. Là où la justice juge des faits, Valérie Manteau interroge ce qui, collectivement et intimement, les rend possibles. Le procès de Mazan devient ainsi non seulement un événement judiciaire majeur, mais un point de bascule pour repenser nos rapports au patriarcat, à la sexualité, à la domination et au consentement.

À lire
Valérie Manteau, Entre chiens et loups, Stock récits, 2025
Valérie Manteau

Valérie Manteau a publié aux éditions du Tripode en 2016 un récit autobiographique, Calme et tranquille, qui raconte l’irruption de la violence dans la vie d’une jeune femme ; et Le Sillon, autofiction couronnée du prix Renaudot 2018.