Avec le soutien de
la saison Multitude 2026-2027
Dans Allô la Place, son premier roman, Nassera Tamer explore le multilinguisme par le prisme de la perte des liens familiaux, du silence qui s'installe quand la langue commune s’érode et que les mondes s’éloignent, mais aussi par celui de l’empouvoirement de la réappropriation.
La narratrice tente de renouer avec le darija — langue de l’enfance abandonnée pour survivre socialement en France — grâce à des cours sur Zoom avec Mer, dont le prénom devient une chambre d’échos : la mer, la mère, l’amer. Cette reconquête intime s’entrelace avec un lieu emblématique des trajectoires migratoires : les taxiphones, ces commerces multiservices dont les vitrines et les prospectus deviennent le matériau poétique d’une langue façonnée par l’exil et l’hyper-connexion.
Cette réflexion résonne avec le travail d’Alice Magdelaine, créatrice du podcast Ma langue maternelle n’est pas la langue de ma mère. Chaque épisode y recueille le récit d’une personne plurilingue, interrogeant l’apprentissage, les héritages, les attachements, les manques — tout ce qui façonne notre rapport intime aux langues.
Réunies pour la première fois, Nassera Tamer et Alice Magdelaine proposeront une conversation sur les langues perdues et retrouvées, les transmissions discontinues, les récits familiaux qui passent par les mots autant que par les silences — et sur la manière dont chacun, chacune, invente sa propre langue pour dire le monde.