Nulle « éclaircie » sur cette île écossaise où, en 1843, Ivar, son dernier habitant, recueille au pied d’une falaise un homme inconscient. Il s’agit de John Ferguson, pasteur de l’Église presbytérienne envoyé pour le chasser de ses terres. C’est là que se révèle le sens du titre, très éloigné de toute considération météorologique : une référence aux Highland Clearances, ces déplacements forcés de paysans pauvres organisés par de grands propriétaires afin de convertir les terres en pâturages.
Sur cette trame historique, Carys Davies tisse la relation fragile de deux hommes que tout oppose — la langue, la fonction, la mission — sur un bout de terre rocheux et battu par les vents. À cette confrontation s’ajoute bientôt Mary, l’épouse de John, restée sur le continent, qui perçoit d’emblée la violence et l’injustice de cette entreprise.
Roman âpre et délicat à la fois, Éclaircie est bercé par les inflexions du norne : cette langue scandinave aujourd’hui disparue, parlée jadis dans les Shetland et les Orcades, qui devient le symbole d’une résistance linguistique à l’appropriation du monde par les plus puissants.